Une épique saison d’or noir à la Station-Théâtre près de Rennes

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Dans cette ancienne station-service transformée en théâtre près de Rennes, poètes, chanteurs et comédiens puiseront avec ardeur dans le fossile de la langue pour propulser les âmes du public dans l'espace contagieux de la vitalité littéraire.

“celui qui ouvre le mot ouvre la matière et le mot n’est qu’un support matériel d’une quête qui a la transmutation du réel pour fin…” Gherasim Luca

Que l’alchimie du verbe ne reste pas une utopie : c’est le but que s’est donné depuis trois saisons l’équipe qui anime la Station-Théâtre pour faire vivre à ses spectateurs un véritable voyage à travers les oeuvres de l’esprit en invitant en ses murs des artistes soucieux d’incarner la langue dans tout ce qu’elle a de plus vivace et de plus touchant alors que la logghorée technocratique et publicitaire prive chaque jour de plus en plus le peuple des vertus de la beauté et de la révolte en le dépossédant de l’expression de ses sentiments et de ses émotions.

Conçue dans ce sens, la nouvelle saison 2014-2015 qui s’annonce comme un voyage ne devrait laisser indemnes ni les spectateurs pourtant bien assis dans leurs fauteuils ni les artistes qui doivent ici, sur le même sol qu’un premier rang pris dans le même halo de lumière, chercher du regard plus en haut du gradin l’obscurité propice au sentiment de solitude dans lequel, bien qu’acteurs, ils doivent laisser s’accomplir la transfiguration du théâtre.

“Au voleur !” criera la comédienne Sonia Rostagni, cherchant au son du violoncelle, dans une chorégraphie de boussole affolée, les fragments de sa pensée mise en pièce par les violences psychologiques d’un homme qu’elle ne peut pas ne plus aimer. Mais c’est aussi des témoins qu’elle suscitera parmi le public, et les corps des spectateurs, chargés des mots de Xavier Durringer, se tendront pour recevoir ses blessures.

Les chanteurs Remo Gary, la lune entre les dents, et André Minvielle, avec sa bouteille électrique, les viseront peut-être plus directement, l’un avec sa fragilité et sa pertinence, l’autre avec sa musique des langues.

Le solo d’salive de Stéphane Keruel, emprunt des poèmes de Gherasim Luca et la profondeur d’âme de “Urge” logée dans l’authenticité du jeu de Gaëlle Hérault sur les accents de la guitare électrique de Eric Thomas se partageront avec le public par une vitalité contagieuse.

Les grands extraits classiques, de Shakespeare à Grock, magistralement joués par le duo des Kiprokos, éclaireront d’un jour nouveau l’histoire mondiale et universelle des clowns et tordront de rire des spectateurs qui sauront désormais déceler la bêtise des gens de morgue et de puissance.

“Le Groënland” de Pauline Sales, avec Maelenn Le Faucheur, posera son écriture du froid comme un manteau de neige par dessus les abandons et les oublis pour mieux les réparer.

Le comédien franco-anglo-nigerian Okon Ubanga Jones guidera le public dans un labyrinthe de soliloques de Shakespeare puis chantera une vie de blues sur les traces de Big Bill Broonzy.

Le corps plongé dans une baignoire sabot, Bernard Meulien fendra les flots versifiés de l’oeuvre de Tristan Corbière, s’écumant au gradin comme aux rochers d’une communauté de naufrageurs.

Le fantôme de Raymond Devos, avec le corps et la voix de Yves-Marie Texier, se fraiera un passage parmi les îles et les déserts des “Quarantièmes délirants”, affrêtant un navire pour ramener les égarés de l’imaginaire dans la réalité.

Des circonvolutions poétiques à bicyclette envahiront le carrefour en bloquant les autos devant la Station-Théâtre lors du festival Augustes Pédales.

Et pour clore la saison, une transhumance d’aphorismes du paisible berger Lionel Epaillard fera tinter ses cloches sur les drailles pierreuses de nos montagnes d’échecs et de certitudes jusqu’à des pâturages de joie où nos bêlements transfigurés dans la clarté des sources deviendront une langue chantante sous la nuit étoilée de nos désirs.

Les artistes, le programmateur et toute l’équipe de la Station-Théâtre donnent rendez-vous au public pour une présentation en chair et en langue de cette nouvelle saison le samedi 13 Septembre 2014 à 20H30.

Les abonnements pourront être souscrits dans la foulée à des tarifs à la portée de toutes les bourses.