Interview de François Chevallier, psychologue à Paris

Contacter Commenter Site Web


Rencontre avec le psychologue François Chevallier

François Chevallier, quel a été votre parcours professionnel au départ?

Comme beaucoup de psys, j’ai dû commencer par travailler à temps partiel sur différents lieux, dans le secteur public ou associatif. Je me suis naturellement dirigé vers la téléphonie sociale, secteur que je connaissais déjà, et j’y ai encadré des écoutants bénévoles. J’ai également fait l’expérience de la psychiatrie de secteur, et aussi de la psychiatrie légale, à une époque tout particulièrement intéressante, alors que l’injonction thérapeutique était en plein essor.

Pourquoi avoir choisI d’exercer comme psychologue en libéral?

Je suis probablement trop individualiste pour bien m’intégrer à une équipe. Je pensais depuis longtemps que je ne donnerais le meilleur de moi-même que si je n’avais d’autres comptes à rendre qu’à mes patients.

Depuis combien de temps votre cabinet existe-t’il?

Cela fait dix ans. J’ai eu la chance d’ouvrir mon cabinet au moment du boom d’Internet, et c’est par la toile que j’ai commencé à me faire connaître.

Vous refusez toute affiliation à un courant de pensée précis?

J’ai développé ce sujet dans un article. Je pense qu’aucune orientation thérapeutique n’a réponse à tout. Si l’on veut être efficace - ce qui pour moi est primordial, il faut savoir naviguer à vue et utiliser tout ce qui peut marcher, du moment que l’on s’en sent capable. La guerre entre psychanalystes et comportementalistes est, à mon sens, regrettable. Ces deux approches sont certes radicalement différentes, mais je pense qu’elles peuvent très bien se compléter au lieu de s’exclure mutuellement.

Des séances d’une heure et demie, c’est long, non?

C’est un métier qui exige beaucoup de concentration. Je pense qu’il est plus productif de se concentrer sur un nombre limité de patients, plutôt que d’en voir dix par jour, ce qui est mentalement épuisant. En plus, de longues séances sont appréciables pour les personnes qui font du trajet pour venir, et c’est également plus facile de gérer son planning, notamment lorsqu’il y a des contretemps. D’ailleurs, personne ne se plaint de la longueur des séances…

Vous passez pour un bavard…

Oui, et je l’assume. Je suis clairement opposé à l’attitude silencieuse et attentiste héritée de la psychanalyse, encore très répandue chez les psys en France. N’en déplaise à beaucoup de mes confrères, je trouve cela inefficace, voire même très dangereux quand on est face à des gens qui vont vraiment mal. J’ai toujours conçu la thérapie comme un dialogue. Certes, il faut savoir écouter et se taire, mais il faut aussi savoir répondre, éclairer, rassurer et donner des pistes.

Quel est l’âge moyen de vos patients?

Ma patiente la plus jeune avait 19 ans, mon patient le plus âgé 73… Mais il est indéniable qu’il y a une très forte proportion de patients entre 25 et 30 ans.

Pourquoi ne travaillez vous pas avec des enfants ou adolescents?

Ce n’est pas du tout la même façon de travailler. On ne fait pas asseoir un enfant dans un fauteuil et parler comme un adulte. Il faut passer par le dessin, le jeu. Quant aux  adolescents, c’est encore différent, mais c’est probablement ce qu’il y a de plus difficile. En plus, il faut gérer en parallèle la relation avec les parents, ce qui est souvent très délicat. Je préfère laisser cela à ceux qui en ont la vocation.

Vous arrive-t’il de refuser des patients?

Si je ne pense rien pouvoir faire pour un patient, je le lui dis franchement. Il arrive bien sûr que certaines personnes ne m’inspirent pas, et il est mieux dans ce cas là qu’elles travaillent avec quelqu’un d’autre, car les risques d’échec sont élevés. Faire la démarche de consulter est toujours une décision importante. Il ne faut donc pas s’engager dans quelque chose que, de part ou d’autre, on ne sent pas.

Ne trouvez vous pas qu’une psychothérapie coûte cher?

Cela coute en fait pareil qu’une consultation chez un spécialiste médical, mais la différence, c’est que ça n’est pas du tout remboursé… C’est dommage, car le coût est évidemment un argument dissuasif pour beaucoup de gens qui auraient grand besoin d’une thérapie. Mais, sans aucune subvention, nous sommes obligés de pratiquer ces tarifs si l’on veut qu’un cabinet marche. Je ne pense pas, en revanche, que la gratuité totale serait une bonne chose ; cela reviendrait à sous-entendre que le travail fait par le patient et par le thérapeute est sans valeur.