Pratique philosophique et hypnose maïeutique chez Noesis

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Consultation philosophique et hypnose maïeutique. Une étude comparative qui permet de redonner ses lettres de noblesse à l'hypnose comme un art de vivre et une pratique philosophique.

Pratique philosophique et hypnose maïeutique chez Noesis

Etude comparative

« Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. » Lettres à un jeune poète,

Rainer Maria Rilke

Consultation philosophique

Durant une consultation philosophique l’esprit est tendu, concentré vers la compréhension d’un problème. Le praticien pousse le consultant à conceptualiser ; argumenter de manière claire et concise ; à repérer  des problèmes, des contradictions, des incohérences entre son attitude et son discours. Objectif : conscientiser sa propre situation sans mystifications ou mythifications. « On aperçoit ici l’enjeu énorme que pose sur le plan philosophique le dialogue avec l’autre : dans la mesure où l’on accepte le difficile exercice de «peser» les mots, l’auditeur devient un miroir impitoyable qui nous renvoie durement à nous-mêmes. La présence de l’autre est toujours un risque, dont nous ignorons trop la portée ». Oscar Brenifier

Hypnose maïeutique

Lors d’une séance d’hypnose on propose à l’esprit tendu vers le projet dese « détendre » (étendre) aux processus semi-conscients, étranges familiarités, à ces petites perceptions - dont parle Gottfried Wilhelm Leibniz qui se réunissent dans l’aperception consciente et s’entrouvrent imperceptiblement. « L’imagination active » est l’une des voies royales pour contourner lesbarrières ; dès lors, le cerveau magicien libère des associations d’idées qui créent des réalités internes et ouvre des passages. Stimuler une action dans l’imagination actualise notre être biologique. Le soi accouche d’un « nouveau né » crée et modelé par le souhait d’un Pygmalion passionné pour la sculpture de soi. Le cerveau sert, ici, selon l’expression de Roland Jouvent, de «?curseur du réel à l’imaginaire?». Cet état de créativité « inconsciente » et dans le même temps du relâchement de la conscience qui succède une période d’intense réflexion, permet de construire un pont entre la conscience restreinte à la conscience généralisée. C’est là dans cet espace « in-connu » que se font les découvertes originales, que se résolvent soudainement les problèmes compliqués qui avaient longuement occupé ou préoccupé l’esprit. C’est là, tout simplement, que le corps prend sa place et informe l’esprit du positionnement à prendre. « Il suffit de s’asseoir convenablement, de telle façon qu’on soit en accord avec son propre espace existentiel, pour être guéri… Le corps suffit à se mettre en accord avec tout » François Roustang.

Chiasme : consultation philosophique/hypnose maïeutique

L’état de conscience différent que stimule la consultation philosophique et engendre la pratique de l’hypnose s’opèrent sur un processus critique où s’interrompt le flux mental habituel et provoque une perturbation de la pensée. L’idée qui travaille lors d’une consultation philosophique aboutit à une « crise » et dont l’écriture chinoise donne le double sens ?? « danger » et « opportunité ».

Dans cet état, les résolutions ou créations de nouveaux concepts existentiels pourraient ne pas être acceptés par la conscience effrayée ou circonspecte. La Résistance s’active et s’organise pour maintenir l’homéostasie. L’hypnopraticien devient alors un Socrate sorcier. « Pour se faire, je pose en général aux patients en transe hypnotique une question à laquelle je sais qu’ils ne devraient pas répondre à cet instant. Je pose la question, et avant même qu’ils puissent y répondre, je leur fais remarquer que ce n’est sûrement pas le bon moment pour répondre à cette question et qu’ils peuvent ne pas y répondre avant que ce soit le bon moment pour cela. Ensuite je leur demande de penser à ce que je viens de dire. En conséquence, ils réalisent qu’ils peuvent répondre librement et facilement mais qu’il n’y a aucune obligation de répondre à une question avant que ça ne soit le bon moment pour cela. Je l’explique clairement au patient à l’état d’éveil aussi bien que dans l’état de transe, parce que nous avons à faire à une personne qui possède un esprit conscient et un esprit inconscient. » Milton Erickson

L’hypnopraticien se sert du sortilège et de la magie du langage qui vise l’impensable de la conscience.

La pratique de l’hypnose maïeutique est une mise en abyme de soi en plaçant tour à tour en position d’acteur et de spectateur, le consultant : il se voit, se vit de l’intérieur et de l’extérieur à la fois.

La pratique de la consultation philosophique clarifie la pensée. « Le sujet s’engage dans un métadiscours à propos du tâtonnement de sa pensée. Ce moment est crucial, car il est le lieu de la prise de conscience de ce fonctionnement double (dedans/dehors) de l’esprit humain, intrinsèquement lié à la pratique philosophique. Il permet l’émergence de la perspective à l’infini qui fait accéder le sujet à une vision dialectique de son propre être, à l’autonomie de sa pensée. Oscar Brénifier

Conclusion

Changer d’état de conscience, c’est lâcher prise sur ces propres schémas habituels et patelins, abandonner les paroles sucrées et généreuses, sortir de la sensiblerie et des justifications martyres. Le changement d’état de conscience ne peut se faire que si la conscience accepte et reconnait ses limites, tombe un instant dans la confusion et le doute, s’ouvre à tous les possibles et l’impensable, fouille les minuscules mouvements qui anime le corps et la matière de l’esprit.Durant un instant « ça » pense en mode de perception  étendue. L’expérience du « Tout de soi », par opposition à la perception ordinaire qui séparait, divisait, objectivait et figeait la vie. La perceptude évoque la pratique de la pleine conscience (Mind fulness). Perceptude selon l’expression de François Roustang, soit un mode de perception intégrative propre à « l’hypnose » qui permet un kairos, cette autre dimension du temps créant de la profondeur dans l’instant, porte sur une autre perception du monde, de l’événement et de soi ; notion mesurée non pas par la/le montre, mais par le ressenti.

Ainsi alors que le premier mode de perception se traduisait par la discontinuité, le trouble, le paradoxe, la partialité limitée, la cristallisation des croyances et justifications consacrées, le second mode de perception est marqué par la continuité et la prise en compte de tous nos liens avec nous-mêmes et le monde.

Le consultant, poussé par le questionnement socratique du praticien, détourné de son milieu affecté, peut se frayer un chemin inattendu et inouï ; il peut mieux résoudre maintenant les contradictions qui le traversent en proposant de « nouveaux » concepts synthétiques, mieux adaptés au monde et à lui-même. Il peut envisager de nouvelles réflexions et stratégies pour aller là où l’atmosphère est plus favorable. Dans l’état d’hypnose, les résistances ont été remplacé par un jeu pour le « je », une flexibilité propice à la lucidité et principe de réalité.

Quand durant une consultation l’esprit est tendu, concentré vers la compréhension d’un problème ; quand ce problème impose une forte pression mentale et, intellectuelle, qui ne ressemble pas à celle de la conscience du quotidien et amène à une réflexion « désaliénée » de son confort et de sa routine ; quand la réflexion est poussée à son paroxysme qui déterritorialise le consultant, surgit depuis le corps de lettre, l’idée dans l’action.

Nathalie Roudil-Paolucci, responsable et formatrice à l’institut de formation et de recherche Noesis, en Hypnose ericksonienne, Coaching intégratif, art de la communication.

http://institut-noesis.fr