L’or bleu de la France

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Maritimisation du monde, course aux matières premières, territorialisation des Océans sont autant de termes qui apparaissent incontournables pour évoquer les enjeux qui s’annoncent pour la décennie à venir.

La raréfaction des ressources en matières premières terrestre, le tracé quasi immuable de frontières terrestres ont conduit les différents états possédant une façade maritime à se lancer à la conquête d’un nouvel espace de manœuvre : l’Océan. Ce changement de repère est définitif et influence déjà une nouvelle géopolitique que l’on peut qualifier de véritable « géopolitique des Océans ». Cet état n’est pas sans conséquence sur la politique de défense des Etats et sur le renouveau des marines à travers le monde.

1. La ruée vers l’or bleu.

Les progrès techniques ont donné accès à de nouvelles ressources en matières premières. Cette ruée vers l’or bleu s’est accéléré avec l’augmentation du prix du baril et de la raréfaction aux matières premières dont les terres rares riches en métaux nécessaires aux industries de pointe. Les fonds marins sont cartographiés, sondés afin de déterminer la valeur exacte des différents gisements de sulfure, manganèse, nodules polymétalliques, gaz. Ces gisements sont les sources d’énergie de demain et sont donc vitaux pour l’ensemble des pays de la planète ayant la chance de posséder un accès à la mer. La deuxième étape consiste pour les états à s’accaparer ses ressources avant de les protéger tout en les exploitant. Cette mainmise sur les ressources des océans a connu différents étapes depuis la mer territorial du XVIII e siècle de l’ordre de 3 nautiques jusqu’au projet extra plaque et l’exploitation du plateau continental donnant à un Etat l’exploitation exclusive du fond marin jusqu’à 350 nautiques de ses côtes. Cette territorialisation des Océans n’est pas sans rappeler le premier découpage du monde entre espagnols et portugais (traité de Tordesillas 1494) à l’origine des grandes découvertes et des conflits entre les flottes majeures de l’époque (Angleterre, Espagnol, Portugal, France). Aujourd’hui de nouvelles découvertes technologiques relancent cette course pour l’accès aux richesses.

2. Les richesses d’un nouvel Eldorado

L’intérêt des Etats à territorialiser cet espace se comprend aisément lorsqu’on dresse une liste sommaire des ressources exploitables.
Les ressources halieutiques
L’exploitation première des océans s’apparente au principe de cueillette. Les flottes de pêche se contentant de prélever dans les Océans les quantités nécessaires à la grande consommation et ce jusqu’au début des années 80. La raréfaction de la ressource a par la suite conduit à l’instauration de quotas et à une gestion concertée de cette richesse. Les Etats ont également cherché davantage d’espèce à consommer comme la légine ou à développer l’élevage pour palier une ressource en déclin et une augmentation de la consommation mondiale.

Réserves de pétrole Offshore

La plupart des réserves en pétrole et en gaz ont été répertoriées et sont situées en Russie, en Afrique mais principalement au Moyen Orient. Dans ce cas les tensions régulières entre l’Iran et les différentes monarchies du golfe ou d’Israël ont naturellement conduit les différents pays consommateur à se diversifier et à tenter de trouver d’autres sources d’approvisionnement. Pour les Etats disposant de ZEE conséquente le sondage des fonds marins pour tenter de découvrir des gisements de gaz ou de pétrole est une solution qui offre deux avantages. Le premier est d’accéder au statut de pays producteur offshore et de limiter sa facture énergétique. Le deuxième est d’être moins sensible aux tensions géopolitiques affectant les zones de production. On estime qu’il reste dans les Océans 20% des réserves de brut et 30% des réserves de gaz. Aujourd’hui 30% du pétrole est extrait des Océans grâce à l’extraction en eau profonde (600 à 1200m de profondeur).

Nodules polymétalliques - Les amas sulfurés

Ces roches semblables à de grosses balles tapissant les fonds marins sont extrêmement riches en métaux. Notamment en cobalt, nickel. La hausse du cours des métaux a rendu l’exploitation des nodules particulièrement intéressante. A l’heure actuelle seuls les japonais exploitent de façon industrielle cette ressource. La découverte de gisement d’hydrate de méthane en 1996 offre la possibilité de trouver un substitut au pétrole. Ces gisements sont présents sur les talus continentaux à des profondeurs de l’ordre de quelques centaines de mètres et donc techniquement exploitables.

Source d’énergie renouvelable

L’Océan est une source d’énergie inépuisable. Le mouvement des marées, de la houle, les différences de température entre le fond et la surface des océans sont autant de pistes étudiées en matière de production d’énergie. De nombreux industriels dont DCNS ont d’ailleurs investi massivement dans cette énergie bleue avec des projets de turbines sous-marines exploitants la force des courants pour produire de l’électricité.

Biotechnologie

Environ 250 000 espèces marines ont été recensées, il en resterait encore 1 millions à découvrir selon les chercheurs. Il ne s’agit pas encore de leur étude mais de leur simple recensement. Les lagons du pacifique abritent des espèces qui n’ont pas fini de livrer tous leurs secrets. L’exploitation à des fins médicales de cette faune et de cette flore est encore balbutiante et les chercheurs fondent de grands espoirs dans ces recherches. Certaines espèces des grands fonds découvertes à proximité de sources thermales ont la capacité de survivre dans des milieux où la température et les taux d’acidité sont élevés. Ces organismes sont étudiés pour leur aptitude à supporter de tels environnements. Ces « extrêmophyles » intéressent les biologistes mais également les industriels qui souhaitent exploiter ces propriétés dans le cadre des biotechnologies. L’intégration de ces nouvelles molécules en médecine mais également dans de nouveaux matériaux est une voie d’avenir.

3. Etat de ces ressources pour la France

La France dispose d’un véritable atout de par sa ZEE d’une superficie de l’ordre de 11 millions de Km2. Au-delà de ce chiffre il faut intégrer les ressources halieutiques que ce volume sous-marin confère à notre pays ou encore la possibilité d’exploiter cette source d’énergie inépuisable que recèlent les Océans. Première du genre, l’usine marémotrice de la Rance a depuis fait des émules à travers le monde et les projets de champs d’éoliennes en surface ou sous-marins fleurissent. Dans un futur proche cet espace permettra à la France d’accéder au statut de pays producteur de pétrole grâce aux gisements de pétrole offshore au large de la Guyane. Les fonds tapissés de nodules polymétalliques autour de Clipperton sont une véritable aubaine pour contourner le quasi-monopole de la Chine dans l’exploitation des terres rares. Ces terres riches en minerai et nécessaire aux industries de haute technologie. Enfin l’exploitation à des fins de recherches de la faune et de la flore des archipels polynésiens donnent l’opportunité à notre pays de conserver son savoir-faire dans le domaine pharmaceutique et de pousser son avance dans ce domaine.

4. Point de situation sur les moyens actuels pour protéger nos ressources

Pour protéger ces ressources ultra marines, stratégiques pour l’avenir, la France ne dispose en tout et pour tout que de cinq frégates de surveillance. Soit une frégate pour surveiller un territoire grand comme 4 fois la France. Il est important de se doter des moyens de surveiller et contrôler ces espaces sous peine de les voir revendiquer (Mexique pour Clipperton) ou confisquer par des pays qui auraient compris avant nous l’intérêt de tels territoires. La nature a horreur du vide. Il revient donc à l’Etat de montrer que la France a compris l’importance de notre ZEE. La Marine nationale doit afficher sa présence. Cette présence doit se traduire par des patrouilles par des bâtiments de guerre, frégate ou BATSIMAR. De même des avions de patrouille maritime ou des drones peuvent couvrir de larges zones afin de dissuader toute intrusion ou braconnage des ressources. La maîtrise de ces zones est un gage de crédibilité et concoure à suspendre toute velléité d’indépendance des territoires d’Outre-Mer. En effet, comment empêcher dès lors des DOM ou des COM de vouloir mettre en avant leur richesse pour rompre avec la métropole avec laquelle ils entretiennent des liens ténus. Le maintien de nos territoires d’outre-mer dans le territoire national passe par l’exploitation de notre ZEE.

5. Le repositionnement US dans le Pacifique : une prise de conscience de futurs enjeux ?

Les Etats-Unis ont bien compris l’intérêt de ces nouveaux territoires. Même si les Etats-Unis disposent de formidables ressources sur le sol national ils importent quelques matières stratégiques comme les terres rares de chine. Les USA ont davantage mis en place une politique d’interdiction d’accès à ces ressources maritimes vis-à-vis de ces concurrents qu’une véritable politique d’exploitation. Ainsi si la Chine essaye de s’approprier les réserves de pétrole de la mer de Chine par un tracé dit des « 9 tirets », elle s’oppose régulièrement aux puissances régionales soutenus par les États-Unis. Cette politique d’interdiction aux ressources s’accompagne d’un repositionnement de la Flotte US initiée dans le début des années 2000 et qui n’a fait que s’accélérer. Le 2 juin 2012, Léon Panetta a d’ailleurs affirmé que d’ici 2020, 60% de l’US Navy serait positionnée dans cette zone stratégique. Cette nouvelle répartition se traduit par l’ouverture de bases à Singapour et en Australie. Les futurs conflits seront donc le fruit d’une politique d’accès et de conquête de territoire maritime riche en ressources stratégiques. Les crispations récurrentes autour des îlots contestés en mer de Chine sont autant de clignotants passés au rouge qui montrent que la guerre pour le contrôle d’espace maritime a déjà commencé.

6. La position de la France

La France a édité son livre bleu et son livre blanc il y a peu. Depuis, aucune politique intégrant le fait maritime n’a réellement vu le jour. La Marine nationale continue de voir son format diminuer avec un rythme de remplacement de ses unités qui lui permet tout juste d’assurer ses missions. La situation Outre-Mer ne s’améliore pas, avec le retrait des P400 et une relève qui tarde à arriver la situation a plutôt tendance à empirer. La construction de nouveaux patrouilleurs et leur réception par la Marine Nationale permettra pendant un moment de retrouver une situation plus viable .La France avec le deuxième domaine maritime mondial semble passer à côté de la révolution bleu et ne pas intégrer dans sa réflexion stratégique la territorialisation des océans. Deux explications sont possibles. La première est que ces territoires ne souffrent, pour le moment, que d’une contestation à la marge et sont finalement par leur nature ultra-marine assez loin des préoccupations de la métropole. Par conséquent il n’existe pas de réelle prise de conscience de leur existence et surtout de leur importance. Deuxième explication, nos élites politiques étant majoritairement issue du terroir, la méconnaissance de la mer et de ses enjeux est largement répandue. La France doit donc prendre conscience des opportunités qui s’offrent à elle et accepter de rentrer dans la mondialisation dont la mer est le vecteur. Les moyens de la réussite de cette grande mission doivent être apportés séance tenante.

7. Conclusion

La surveillance du limes et de la ligne bleu des Vosges a vécu. Le bleu est la couleur d’un nouvel espace de manœuvre. Les Océans sont les vecteurs de la mondialisation, les porte-conteneurs les parcourent afin d’irriguer l’occident des biens de consommation fabriqués en Asie. La maitrise de ces artères, la maitrise de cet espace aéro-maritime et l’exploitation de nos territoires sont les enjeux qui s’imposent à la France dans la décennie à venir. Accepter de se lancer dans la révolution bleu, de mettre à profit les formidables atouts maritimes dont dispose la France c’est à terme assurer l’avenir économique, politique et énergétique de notre Nation. L’assurance de cet avenir passe également par un outil de défense adapté et une Marine crédible par son format afin d’assurer l’ensemble de ses missions. Les décisions futures doivent intégrer ces enjeux et donne l’impulsion nécessaire dans le domaine maritime pour répondre aux défis que surveiller et contrôler de tels espaces imposent.