Québec : Un Manifeste sur la mode québécoise et ses enjeux

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Les créateurs et l’industrie du textile et de la mode au Québec ont besoin d’aide gouvernementale, de publicité, de relève en production et surtout de valorisation.

Montréal, le 6 novembre 2013 - Le talent et la créativité ne manquent pas chez nos créateurs et artisans de la mode québécoise. Pourtant, elle peine à se faire valoir auprès du grand public et des médias. Le manque d’appui, de publicité, de matières premières, de relève en production et de reconnaissance en sont les grands responsables. L’équipe des boutiques Belle et Rebelle, appuyée à ce jour par une cinquantaine de designers locaux, veulent, par ce texte, lancer un appel à la collaboration afin de mettre en lumière les enjeux et la diversité des créateurs d’ici, tout en proposant des pistes de réflexion. Le but principal est de promouvoir leur immense potentiel, de le développer et de le faire rayonner comme il se doit.

Des faits alarmants
Depuis quelques années, l’explosion des grandes chaînes a contribué à une nouvelle forme de consommation afin d’amener les clients à profiter de prix toujours plus bas, peu importe la qualité. Dans le monde de la fast fashion, il n’est plus rare de voir des clientes s’acheter une robe qu’elles ne porteront qu’une seule soirée. Le constat est grave : seulement 3% des québécois achètent des vêtements et accessoires de créateurs d’ici [6].
Pour préserver la diversité et l’authenticité des créateurs, il est important d’augmenter la variété dans le domaine du textile. Saison après saison, le créateur de chez nous peine à trouver du tissu, qu’il espère différent de celui des autres designers (l’offre locale étant très limitée), et à obtenir des quantités suffisantes pour répondre aux commandes de ses clients. En conséquence, plusieurs d’entre eux se voient dans l’obligation d’importer - coup dur pour nos artisans locaux.
Avant 1998, l’industrie du textile au Québec embauchait 100 000 personnes. Aujourd’hui, ce chiffre est réduit de presque 75% [1] dû en grande partie à l’abolition des quotas internationaux de 2005 et du faible coût des textiles en Asie [2]. Selon Finances Québec, « Les fabricants québécois de vêtements devraient continuer à perdre des parts de marché au Québec en raison de la hausse anticipée des importations. » [3] Pourtant, avec un bon coup de pouce, l’industrie pourrait renaître, car le Québec réussit tout de même à tirer son épingle du jeu : « Les entreprises d’ici misent sur la qualité, la polyvalence de leurs employés, et l’innovation : des points impossibles à trouver dans des pays en voie de développement. » [4] Le plus grand défi à relever pour notre industrie est certainement d’augmenter ses ressources en production et de se doter d’une main-d’œuvre qualifiée. Mais il n’y a pas que le textile qui manque à l’appel, la main d’œuvre se fait aussi de plus en plus rare et la relève est plutôt faible.

Des solutions
Même si plusieurs entreprises réalisent qu’une main-d’œuvre qualifiée est nécessaire à la fabrication de produits de qualité et constatent une amélioration dans les perspectives d’emploi, la relève manque à l’appel. De ce fait, il est grand temps que les écoles et le gouvernement se lancent dans des campagnes de recrutement, en valorisant ces métiers.

Les médias ont besoin d’être mieux informés et sensibilisés à cette réalité. Ils ont une grande responsabilité et un énorme pouvoir sur les décisions d’achat de leurs lecteurs. En faisant la promotion des grandes chaînes et designers d’outre-mer, on oublie de relier l’éthique (main-d’œuvre bien payée, vêtements et accessoires conçus entièrement ici, fibres écologiques, etc.) à la tendance. Plus que quiconque, les médias, les magazines mode et les blogues ont le pouvoir de participer à l’essor de l’industrie locale de la mode québécoise en la décrivant comme étant tendance, variée et accessible.
Nous demandons la formation d’une association qui, à l’image du Conseil de Presse, règlementerait le contenu des journaux et magazines. Le contenu de la presse écrite devrait refléter la créativité et le talent des entreprises d’ici. Nous demandons à ce que 40% du contenu éditorial des magazines locaux soit consacré aux entreprises et à la valorisation des entrepreneurs locaux. Rares sont les petites entreprises qui ont les moyens d’avoir des spécialistes des relations publiques pour faire parler de leurs produits. En mettant en lumière uniquement ceux qui ont ce genre de moyens, nous nous privons d’une grande variété de produits et de talents prometteurs qui pourraient surprendre et nous faire honneur au niveau international.

Les créateurs et l’industrie du textile du Québec ont besoin d’aide gouvernementale, de publicité, de relève et surtout de valorisation. Chaque entreprise qui fait le choix d’encourager l’industrie locale, le fait par conviction, pour le bien commun, malgré les embûches à surmonter pour sa réussite. Acheter des produits d’ici n’est ni une question de gros budget, ni une marque d’élitisme. Il s’agit simplement de reconnaissance envers nos pairs et leurs produits de qualité. Nos choix d’aujourd’hui ont un impact direct sur la prospérité du Québec de demain et nous avons toutes les raisons d’être fiers de s’en vêtir.

Il est possible d’appuyer ce manifeste en signant la pétition en ligne : https://secure.avaaz.org/fr/petition/MANIFESTE_pour_lindustrie_de_la_mode_au_Quebec/

Une lecture publique aura lieu à Montréal le 13 novembre prochain sous forme de cocktail 5@7, sur invitation seulement. Vous aimeriez y assister? Contactez Julie Désormeaux à info@julinthesky.com

Vous pouvez partager l’information sur Twitter en utilisant le mot clic #ManifesteRebelle

Pour plus d’information, contactez :
Anne Lespérance
alesperance@belleetrebelle.ca
Initiatrice du projet « Manifeste »
alesperance@belleetrebelle.ca

[1] Anne Charland, À quatre épingles.
[2] Daniel Blanchette Pelletier de « La Passerelle »
[3] « Le vêtement et le textile au Québec » produite par Finances Québec
[4] Danielle Jutras, chargée de projet au Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’Industrie textile du Québec
[5] Finance Québec
[6] Sondage mené par Sensation Mode