Livre sur la psychanalyse : “La psychanalyse au bûcher”, interview de l’auteur
La psychanalyse au bûcher, un livre au nom polémique sur la psychanlyse
Très récemment un ouvrage traduit de l’italien et intitulé La psychanalyse au bûcher. De nouvelles sorcières pour de nouveaux inquisiteurs a été publié par l’éditeur Le Manuscrit (Paris, Mars 2009). Nous avons interviewé l’auteur Antoine Fratini qui est français mais exerce la psychanalyse dans son pays d’origine depuis plus de quinze ans.
La rédaction : Mr. Fratini, vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages psychanalytiques en Italie. Pourquoi avez vous choisi de débuter sur le marché français par un ouvrage (et un titre) aussi polémique ?
L’auteur : Il s’agit en effet de mon avant-dernier livre et il est en effet un peu polémique. C’est que la psychanalyse ces derniers temps est attaquée de partout. Depuis la parution du Livre noir de la psychanalyse il convient de se demander d’où provient cette agressivité envers la science de l’inconscient. Récemment une collègue italienne a été poursuivie en justice car une de ses analysantes lui a reproché de s’être limité à l’écouter sans intervenir directement sur ses symptômes et sans l’avoir « guérie » ! Cette collègue ne figurant pas dans la Liste Nationale des psychothérapeutes, l’Ordre italien des psychologues a encouragé son analysante à porter plainte. Le plus surprenant est que les arguments mêmes de la cliente jouent en faveur de la défense ! Comme vous voyez, on va jusqu’à reprocher à la psychanalyse de soigner et de ne pas soigner, selon les cas !
R : Il apparaît à la lecture de votre livre que vous aussi avez eu des problèmes avec l’Ordre des Psychologues dans votre pays. Y a t’il beaucoup de cas similaires en Italie?
A : En préparant ma défense personnelle, je suis venu à connaissance de l’existence de nombreux procès intentés à des psychanalystes libres, non inscris à l’Ordre des Psychologues. Mais pour le simple fait d’exercer librement ce métier toujours plus « impossible » (en paraphrasant Freud) aucune condamnation n’a encore été prononcée jusqu’à présent. La loi réglementant les professions de psychologue et psychothérapeute en Italie n’inclue pas la psychanalyse, mais laisse tout de même un blanc prêtant à de dangereuses interprétations. Assurément, il s’agit là pour les législateurs français d’un exemple à ne pas imiter sous peine de voir se pointer dans le champs « psy » le spectre de la sorcellerie et de l’inquisition. C’est aussi pour cette raison que j’ai voulu que cet ouvrage paraisse en France.
R : Votre affaire judiciaire dure depuis 8 ans et n’est pas encore conclue. Pourquoi cet acharnement envers un psychanalyste et, peut être, envers la psychanalyse ?
A : Plusieurs motifs doivent être convoqués. Le facteur économique et politique est le plus déterminant car les diverses disciplines psychologiques sont en concurrence et vont jusqu’à se faire la guerre. Mais il existe aussi un problème d’ordre culturel. Selon moi une certaine confusion persiste, dans la mentalité populaire comme dans certains milieux académiques, sur la nature et les finalités de la psychanalyse. La science (classique) est par définition objective. Ainsi, on comprend mal qu’il puisse exister une science qui s’occupe de la subjectivité.
J’estime pourtant que toutes les disciplines du champ « psy » pourraient trouver des espaces spécifiques plus adéquats et éventuellement évoluer grâce à une conscience plus claire et acceptée de leurs propres natures et limites.
R : Vous affirmer dans votre ouvrage que le but de la psychanalyse n’est pas de guérir, mais d’analyser. Pourtant, les personnes qui généralement vont en analyse souffrent et désirent aller mieux…
A : Oui, mais attention, vous parlez de témoignages subjectifs. Aucune lésion des tissus cérébraux ni aucun agent viral n’est cause de névrose ni même de schizophrénie. Par contre, ce que les psychanalystes constatent quotidiennement c’est que les personnes entrent en conflits avec eux mêmes et ont des réactions émotives qui les font souffrir. Même si l’on réussissait à supprimer tout simplement les symptômes, ceci ne nous éclairerait nullement sur leur sens. L’homme n’est pas une machine et une vraie « cure » psychologique ne saurait faire abstraction d’une confrontation avec soi même, si longue, incertaine et délicate elle soit.
R : Dans votre ouvrage vous citez des auteurs très différents et qui normalement sont considérés plutôt inconciliables (Freud, Lacan, Jung, Szasz…). On a du mal à vous placer. De quelle orientation vous réclamez vous ?
A : J’estime que la psychanalyse est assez mure désormais pour pouvoir se passer de dogmes. Du reste, elle n’a pas à ressembler à une religion. Tous les grands auteurs ont apporté des connaissances importantes. Malgré les différences théoriques entre les diverses Ecoles, je trouve que la psychanalyse est caractérisée essentiellement par une approche partageant certains critères fondamentaux comme la finalité liée à la connaissance de soi, l’écoute, l’analyse des résistances et du transfert, le recours à l’interprétation… Ainsi, l’Association Européenne de Psychanalyse[1] que j’ai l’honneur de présider compte parmi ses membres des analystes et des chercheurs de différentes orientations, mais ceci ne les empêche pas d’échanger dans un esprit d’ouverture et de respect. En d’autres termes, les théories psychanalytiques ne devraient en aucun cas devenir des prisons.
[1] www.aepsi.it

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