Astronomie : Description de la météorite NWA 6352

NWA 6352, une nouvelle météorite cométaire, sœur jumelle de la météorite d’Ornans

Les découvreurs :
Chasseur de météorite basé à Besançon depuis 2003, professionnel depuis 2009, Fabien Kuntz a monté une équipe de prospection météoritique qui totalise environ 150 trouvailles (analysées, classifiées et répertoriée) dans les désert du Sahara (Maroc, Sahara Occidental, Mauritanie), de la péninsule arabique (Sultanat d’Oman), et en Europe (Espagne), pour un total 49Kg. Travaillant à leur classification en collaboration avec les Muséum d’Histoire Naturelle de Paris et de Berlin, l’université St Louis de Washington, le Barthust Observatory de Sydney… une partie de chacune de ces météorites se retrouve dans des collections publiques et privées du monde entier.

La découverte :
Découverte dans le désert du Sahara durant le mois de mai 2010, NWA 6352 consiste en une seule pierre de 1277g, dite « orientée » (signifiant une forme aérodynamique acquise par une ablation partielle durant la traversée de l’atmosphère), et montrant une croute de fusion très bien conservée (fine pellicule de roche fondue l’échauffement proche des 3000°C lors de la chute). Rapidement reconnue comme étant d’un type vraisemblablement rare, et surtout pertinent scientifiquement, deux masses de référence ont été déposée pour analyse et conservation dans deux institutions :
2.56g à l’université St Louis de Washington (Tony Irving)
18.41g au Barthust Observatory de Sydney (Ray Pickard)
L’analyse :

Résultats bruts :

Petrological Assessment a new Northwest African Meteorite
Anthony J. Irving, Ph.D.
September 29, 2010

NWA 6352, CO3.4 chondrite (S2, W1)
Well-formed small chondrules and sparse, small CAI (one containing a large grain of hibonite). Olivine (Fa0.9-55.5; Cr2O3 content in ferroan olivine ranges from 0.04-0.12 wt.%), orthopyroxene (Fs1.3-4.2Wo0.9), clinopyroxene (Fs1.3-3.9Wo36.7-41.4), kamacite and troilite.

Signification :
Le nom officiel NWA 6352, est attribué, après requête du laboratoire classificateur, par un organisme international nommé « Meteoritical Society ». NWA 6352 signifie la 6352ème météorite recensée dans la zone du Nord-Ouest de l’Afrique
Le terme CO3.4 désigne la classe et le type de la météorite. Il s’agit ici d’une chondrite Carbonée (C), de type Ornans (O), de type pétrologique 3.4
Les termes S2 et W1, relativement annexes dans la classification, expriment les degrés de choc (Shock level) et d’altération (Weathering grade) subit par la météorite (échelle de 0 à 6)
Les intérêts scientifiques et historiques :

Un peu d’histoire :
Le nom de la classe des CO3 vient de la ville d’Ornans, où est tombée le 11 juillet 1868 la météorite éponyme de cette classe. C’est la seule météorite connue en Franche-Comté, une des très rares en France. Absent le jour de la chute, c’est le peintre Gustave Courbet qui convoiera une partie de la roche jusqu’au Museum d’Histoire Naturelle de Paris lors de l’un de ces nombreux aller-et retour entre la capitale et sa ville natale.

Occurrence :
Sur 40 000 météorites connues actuellement, seule 224 sont de type CO3
Sur 224 météorites de type CO3, seule 5 sont de type C03.4

Intérêt historique :
Parmi les cinq CO3.4 connues, Ornans, l’éponyme de sa classe, est la plus grosse, avec un poids total connu de 6kg. NWA 6352 est la deuxième en termes de masse avec un poids total connu de 1277g.
On pourrait les qualifier de sœurs jumelles tant leur minéralogie et leur chimie sont proche l’une de l’autre.
De plus, même si la chute de NWA 6352 n’a pas été observée, sa classification nous montre une roche ne séjournant que depuis très peu de temps sur Terre (moins de 100 ans), pas encore altérée et transformée par les conditions parfois extrême y régnant (humidité, température etc etc), tout comme la météorite d’Ornans.
Qu’une équipe franc-comtoise basée à 20Km seulement de la ville d’Ornans ait découvert la météorite qui lui ressemble le plus sur les 40 000 météorites actuellement connue est un bel hasard !
Intérêt scientifique :

Comme toutes les chondrites, les CO3 sont des roches vielles de 4.56 milliards d’années (ou 4560 millions d’années), l’âge de notre Système Solaire. Soit un peu plus vieux de quelques millions d’années que l’âge de formation de la Terre elle-même.
Les météorites de type CO3 ont la particularité d’inclure une quantité non négligeable de carbone et d’eau. Le carbone est présent sous forme de graphite, mais aussi de molécules organiques (acide acétique, éthanol, acides aminées…). On pense donc que ce genre de météorites carbonées a pu apporter, entre 4.55 et 3.8 milliards d’années, une partie de l’eau présente sur Terre, et des éléments nécessaires à l’apparition de la vie (théorie dite de la Panspermie).
Les CO3 (plus une autre classe nommée CM2), sont à ce jour considérées comme étant d’origine cométaire, fragments rocheux largués par des noyaux de comètes lors de leur passage au plus près du Soleil. Si la distance Terre-Soleil valait 1, la distance de formation de ces roches par rapport au Soleil seraient de 50 à 100 (soit 75 000 à 15 000 millions de kilomètres)
Contact :
Fabien Kuntz (06 14 18 85 90 ; contact@wwmeteorites.com)
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