Carnet de Voyage Asie

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On se dit que ce qu'on a vu est inégalable et qu'on ne pourra visiter plus beau. Aujourd'hui, une fois de plus, on surenchérit ! Ninh Binh ! Et sa fameuse Baie d'Halong terrestre.

En fin de journée, notre « bus » s’arrête au terminus de la ville…

A peine descendus, Luong, un Vietnamien assez mièvre et au demeurant assez antipathique nous propose de passer une nuit dans son « Queen Mini Hôtel » répertorié dans le Routard à 9 dollars. Nous le suivons et prenons la chambre qui est vaste et correcte. Nous trouvons le « livre d’or » de l’hôtel et découvrons que les routards précédents ne jurent que par le site de Trang An, un endroit perdu dans les montagnes au nord de la ville. Luong nous propose de nous emmener demain matin moyennant la coquette somme de 600 000dongs. A peine je lui dis que je vais réfléchir, voilà le Luong qui change du tout au tout : antipathique, gueulard. On se dit qu’on a à faire à un drôle de gugusse; ce que confirment d’ailleurs les annotations inscrites dans le livre d’or. Nous partons en début de soirée faire un tour dans le bourg ! Ici, les gens ne parlent que le Vietnamien.

Par acquis de conscience, je demande à un taxi…

Combien il prendrait pour nous véhiculer jusqu’au site de Trang An. Il m’annonce 250 000 dongs. J’essaie alors de lui faire comprendre que je suis d’accord sur ce prix (tu m’étonnes !) et qu’il doit nous prendre demain matin à 8h30 devant le Queen Mini Hôtel. Mais n’étant pas bien sûr qu’il ait compris, je cherche en vain quelqu’un pouvant servir d’interprète pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Les gens passent. « Do you speak English ? » Personne ne nous vient en aide. On se dit au bout d’une demi-heure que ça ne va pas être possible avec ce taxi qui n’a pas l’air de comprendre ce que j’attends de lui. Sur ces entrefaits, un jeune Viet s’arrête enfin et nous propose ses services. Lui parle un anglais tout à fait compréhensible. Il accepte de nous emmener demain matin à Trang An, faire un tour ensuite vers la pagode de Ban Long, une visite aux temples de Hoa Lù et au village de pêcheurs de Kenh Ga. Le tout pour 270 000 Dongs ! Tu parles qu’on accepte. On se tape dans la main : marché conclu ! Il nous demande juste que nous ne l’attendions pas devant le Queen Mini Hôtel, mais le long de l’avenue. Le Luong serait-il une « terreur » ?

Bref, le lendemain matin, après nous être encore une fois levés tôt, nous allons prendre un petit déj sur l’avenue en attendant notre chauffeur. La très gentille et souriante dame qui vend du pain et du café nous fait asseoir sur ses petites chaises en plastique bleu sur le trottoir et nous propose des antiquités chinoises. Deux mini baguettes ( héritage plutôt sympathique du passage de la colonisation française !) une omelette, deux cafés noirs (beûrk!) et elle nous annonce une note de 50 000 dongs. Je lui ai laissé 30 000 dongs en lui faisant remarquer qu’il fallait arrêter de prendre les touristes pour des vaches à lait ! Y’en a marre de toujours devoir discuter les prix et de se faire « empapaouter » continuellement. La bonne femme a sans doute compris qu’elle avait pas à moufter parce que je crois que j’allais lui claquer l’beignet.

Sur ce arrive un gugusse qui nous propose de partir à Trang An avec sa voiture. Le coût ? 350 000 dongs. Je lui dis que je suis d’accord pour 200 000 ! Le gugusse fait mine de repartir mais revient finalement à la charge. Je lui dis alors que j’ai déjà réservé un véhicule avec chauffeur et que je n’ai pas besoin de ses services. Alors le mec, pas gêné, m’annonce que le gars qui doit venir nous emmener n’a plus de voiture et lui a dit de prendre la relève… mais pour 350 000 au lieu de 270 000. Je sens que la moutarde me monte au nez. Restons « Zen! ». Le gars devient insistant. Je lui explique que je ne le crois pas. Et lui, toujours dans son anglais hésitant, m’annonce que ma voiture ne viendra pas et qu’il faut partir tout de suite avec lui sinon notre journée sera compromise. On lui fait comprendre qu’il faut qu’il nous lâche les baskets et que nous n’avons que faire de sa proposition. Finalement, le mec se tire et arrive … la voiture espérée. Le gars de la veille est bien là, accompagné d’un vieux à chapeau. Il nous annonce que ce n’est plus 270 000 dongs mais 300 000 ! Je lui passe un savon et lui rappelle que nous nous étions mis d’accord la veille sur 270 000. Il n’en démord pas. L’heure tourne. Et pour finir, nous montons dans sa voiture pourrie et partons, pour Trang An avec le vieux à chapeau. Si je vous ai saoulé avec cette histoire matinale, c’est pour vous rappeler que le marchandage, bien qu’il soit une institution , ça devient fa-ti-gant !


Il y a quelques années encore le site de Trang An n’était répertorié dans aucun guide.

Tout le monde partait sur Trang Hoc, un autre site du même genre, donc très touristique. Nous arrivons dans les montagnes qui ressemblent étrangement à celles de la Baie d’Halong, mais sur terre ! Des lacs entourent certaines d’entre elles. Nous quittons la voiture pour prendre une barque équipée de longues rames qui se croisent. Un tout petit Vietnamien mais du genre costaud nous emmène alors pour une balade qu’on n’est pas prêt d’oublier. La barque en métal est assez petite mais le siège est confortable. Le rameur nous amène alors à force de bras vers un tunnel « naturel » qui passe sous la montagne. Ce dernier est vaguement éclairé. Nous baissons la tête par endroits pour ne pas nous cogner aux stalactites. 600 mètres de tunnel, une eau incroyablement pure et limpide, la fraîcheur, le gars qui rame dans la pénombre : elle est loin, la fourmilière motorisée ! Nous débouchons alors dans un nouveau lac dont les rives sont couvertes d’une végétation luxuriante. La lumière du soleil reflète de partout. Les montagnes -on dirait des bosses de chameaux- se succèdent à perte de vue. Des chants d’oiseaux, pas une larme de vent. On prend conscience également que le ciel est bleu et qu’il fait chaud. Quelle chance nous avons ! Les tunnels, les cavernes et les lacs se succèdent. Chaque sortie de l’antre d’une montagne débouche sur un paysage magique. Des chèvres sauvages qui broutent sur des pentes escarpées. Une espèce de martin-pêcheur d’un bleu intense qui attrape un poisson, des petits canards qui plongent à notre approche tels des cormorans ou des poules d’eau. Voilà l’Asie. Voilà l’Asie mystérieuse, éternelle, suave, délicate, zen … Le rameur se met de temps en temps à ramer avec ses pieds, sans doute pour reposer ses bras.

Nous nous arrêtons sur un îlot sur lequel a été érigé un petit temple.

Tout autour, des arbres ont été plantés ; au pied de chacun d’eux, une stèle porte le nom des grands chefs de guerre et des résistants héroïques qui se sont battus ici contre les Américains. (On ne nous dit pas qu’ici, dans ces fameux tunnels, ont été « encagés » des prisonniers GI qui restèrent pour certains d’entre eux plusieurs mois à croupir avec juste la tête hors de l’eau, dans le noir ! Le Viet sait recevoir ! N’est-ce pas ? ) Nous revenons à notre point de départ après une superbe balade de plus de deux heures.


Notre chauffeur nous reprend et nous emmène à quelques pas de là à la pagode Ban Long. Mise à part le paysage de rizières et de montagnes qu’elle surplombe, elle ne présente que peu d’intérêt. (Sauf peut-être les toilettes ! Mais bon ! Après une telle promenade , je ne vais quand même pas vous parler des cabinets ouverts à tous vents de la pagode de Ban Long !)

Notre itinéraire se poursuit par la visite des temples de Loa Lù où s’installa le premier empereur du Vietnam, un certain monsieur Lay qui se proclama empereur et signa un pacte avec les Chinois .

« Je te paie un impôt et en contrepartie , tu ne m’agresses pas ».

Ainsi fut fait ! Et le premier empereur vécut tranquille dans son beau palais. Et son peuple lui fit allégeance. Quand il mourut, son fils le remplaça mais ce dernier fut finalement empoisonné par un très méchant mandarin qui voulait prendre sa place. Les Chinois saisirent alors l’occasion de reprendre les affaires du Vietnam en main, juste pendant un petit millier d’années.


Méfions nous des mandarins !

Nous avons ensuite visité le village de Kenh Bat soi-disant village de pêcheurs mais nous n’y avons pas vu la queue d’un poisson… ni celle d’un pêcheur ! Juste des « lavandières » qui lavaient dans le klong les bâches en plastique servant de serres pour les rizières.

De retour et à l’entrée de la ville de Ninh Binh évoluent des milliers de jeunes sur un grand terrain. Tous portent un énorme éventail coloré et tout brillant dans chaque main. Une musique un peu militaire les accompagne. Après m’être renseigné auprès d’un de ces ados, il s’avère que le parti communiste vietnamien prépare à grands renforts de défilés et de musique la prochaine fête du Têt. De temps en temps, un gugusse du parti vocifère dans le micro :

« Le parti communiste vietnamien remercie et félicite la vaillante jeunesse de notre pays pour son dévouement et sa participation sans faille aux prochaines manifestations liées à la grand fête du Têt ! »

Ce fut donc encore une journée inoubliable… je dis bien la journée car la soirée et la nuit qui s’annoncent vont sans doute sortir de l’ordinaire. Je crois qu’on va vivre un « grand moment » : Nous partons à 21h00 en car-couchettes pour Hué (à 600 km de Ninh Binh ). Martine, la finaude, m’a demandé fort gentiment si je pouvais échanger ma couchette contre la sienne. Comme je suis quelqu’un d’aimable et serviable, j’ai bien entendu cédé ma place, avec un large sourire. Chouette ! A ma gauche, j’ai un sympathique couple de canadiens avec qui je fais un brin de causette (Je rectifie : pas des canadiens, des Québécois!) Et à ma droite, MERDE ! La porte des chiottes.