Toile unique à découvrir: L’Atelier de Gulliver par Ra’anan Levy
L’atelier de Gulliver est une toile de Ra’anan Lévy à découvrir à la galerie Pièce Unique à Paris
Ra’anan Lévy est né à Jérusalem en 1954. Il vit et travaille à Paris et à Tel-Aviv.
L’atelier de Gulliver
Cette toile associe plusieurs thèmes familiers dans l’œuvre de Ra’anan Lévy dont celui de l’autoportrait, elle semble illustrer la célèbre sentence proférée par Brunelleschi dans la Florence de Laurent le Magnifique, Ogni dipintore dipinge se, « Tout peintre se peint », ce qui signifie aussi que chaque toile est une tentative d’atteindre cette part de l’inconnu que vise en permanence cet artiste dans son oeuvre. Le tableau est monochrome et restitue par les contrastes de noir et blanc le climat de la gravure, le jeu de l’ombre et de la lumière permet à Ra’anan Lévy de mieux décrire ses états intérieurs. L’inquiétude, l’effarement ou la stupeur qui se lit sur son visage renvoie à une autre question, comme de découvrir son reflet par surprise dans une glace et de ne pas se reconnaître ! Derrière lui scintille une lumière étincelante qui se déverse tel un fleuve, dessinant une géographie de pots de peintures. La composition retrouve alors la forme classique du visage/paysage, cependant la fenêtre normalement ouverte sur le monde de la peinture ancienne est devenue le désordre de l’atelier dont tous les fils mènent à la figure monumentale et dénudée du peintre, lui-même doté d’un front immense. Il est prisonnier de son échelle tel le Gulliver de Jonathan Swift ; s’il s’emparait d’un de ses pots de peintures, celui-ci apparaîtrait ridicule de petitesse. Habiter deux échelles de grandeurs et percevoir le monde de l’un ou de l’autre de ces points de vue constitue une autre de ses thématiques si présentes dans ses travaux antérieurs. Ces pots contenant les pigments sont tous dans un équilibre instable, en fait c’est toute la composition qui semble vaciller, entraînant les récipients vers une chute certaine comme celui qui est sur le point de se déverser sur la tête de l’artiste. Image symbolique de l’équilibre précaire, L’atelier de Gulliver est une tentative de reconstruire l’espace pictural irrémédiablement mis à mal depuis la leçon de Cézanne. Face à la déroute visuelle que suppose le dérèglement de la perspective classique, la prolifération des détails qui encombrent l’atelier aboutit à cet autre constat : il n’est désormais plus possible pour la peinture de bâtir une image organisée du monde, d’où le caractère anxieux et tourmenté que l’on peut lire sur les traits du visage du peintre face à l’immensité de la tâche à accomplir. »
Bertrand Lorquin
« L’Atelier de Gulliver » est exposé à Pièce Unique, 4, rue Jacques Callot , avec une sélection d’autres toiles et de dessins récents à Pièce Unique Variations, 26, rue Mazarine.
http://www.galeriepieceunique.com
Horaires d’ouverture : Mardi-samedi 11 h-13 h et 14 h 30-19 h

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