L’Appel des Grands Espaces - Jean Malaurie et ses pastels, entouré des grands maîtres inuit et amérindiens: masques; kachinas, sculptures en verre, peintures…

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L’Appel des Grands Espaces

Pristine America

Le souffle du Grand Nord et des Grandes Plaines inspire la nouvelle exposition de la Galerie Orenda. À partir du 7 juin, on peut y découvrir des artistes autochtones d’Alaska (Inuit, Sugpiaq, Yup’ik), sculpteurs de masques et souffleurs de verre sculpté, des peintres d’Oklahoma et du Grand Ouest américain (Chickasaw, Kiowa, Crow) et un jeune artiste hopi très prometteur, Justin Lomatewama, sculpteur de kachinas.

Une confluence artistique singulière s’opère à travers la diversité des œuvres exposées, toutes contemporaines, mais où affleurent, dans les thèmes et la facture, mythologie et cosmogonie traditionnelles.

Un événement exceptionnel accompagne la présentation des œuvres de ces nouveaux maîtres de l’art amérindien et inuit : la participation de l’anthropologue Jean Malaurie, fondateur de la collection Terre Humaine (Éditions Plon), avec ses huit pastels inspirés par la nuit polaire. Ces œuvres épurées et méditatives, pour la première fois exposées dans une galerie, ont été conçues au fil de plusieurs décennies, lors de ses nombreux voyages dans l’Arctique, au cours desquels il a scruté les ombres, les éclairs de clarté et les flamboiements fugaces des ciels du Grand Nord.

Une rencontre en miroir s’opère ainsi entre les imaginaires, tous portant l’empreinte des lointains. Un dialogue des cultures s’engage entre l’artiste alaskienne Rebecca Lyon, qui a sculpté un masque en hommage à Jean Malaurie, tandis que les pastels de l’anthropologue sont présentés à côté des œuvres de Kevin Red Star, artiste traditionnel des Plaines, et des boucliers kiowas de N. Scott Momaday, Artiste de l’UNESCO pour la paix. Simultanément, la sortie d’un livre d’artiste consacré à Momaday, romancier et poète, met en évidence l’importance du dessin et de la peinture dans sa vie (1).

Les artistes autochtones d’Alaska ont établi depuis plus d’une décennie une collaboration active avec la France. Le Château-musée de Boulogne-sur-Mer possède en effet la plus importante collection mondiale de masques anciens de l’île de Kodiak, fruit d’une donation de l’explorateur Alphonse Pinart à sa ville natale. Ce musée a aussi constitué, depuis le milieu des années 2000, une collection unique de masques contemporains.

Le sculpteur Perry Eaton, exposé à la Galerie Orenda, a joué un rôle déterminant entre le rapprochement des artistes de l’Ile de Kodiak et cette collection française. La galerie a accompagné ce rapprochement et, depuis plusieurs années, organise régulièrement des expositions de masques contemporains alaskiens, aujourd’hui encore inspirés par les légendes, les récits traditionnels et la faune aquatique. Avec le grand maître Larry Ahvakana, Perry Eaton est l’un des sculpteurs emblématiques de cette renaissance artistique Sugpiaq. Quant au jeune Yup’ik Drew Michael, il joue avec la tradition et s’inscrit dans l’expérimentation novatrice.

À leurs côtés se distingue Preston Singletary, artiste Tlingit né à Seattle, souffleur et sculpteur de verre, maître de la transparence. Très présent dans les musées de l’Ouest américain, où il est un artiste très recherché, il a acquis une technique digne des grands artistes de Murano, mais il voue son savoir-faire à sa culture traditionnelle : il érige de gracieux totems en verre soufflé monochrome, cisèle des vases bicolores incrustés de motifs abstraits, sculpte le disque solaire ou la lune sur des sphères traversées de lumière. Et il réinterprète les thèmes légendaires de sa communauté tels que celui du corbeau attrapant le soleil pour faire naître le jour et le monde des humains.

De retour à Paris après une exposition milanaise, l’artiste chickasaw Brenda Kingery, très appréciée en Europe, reste fidèle à ses thèmes de prédilection : les danses et les chants amérindiens d’Oklahoma. Elle aussi s’est familiarisée avec l’art d’autres continents : grâce à une technique acquise auprès de maîtres japonais- celle du trait unique- et, par l’application de fines couches de couleur superposées, elle parvient à mettre en mouvement une harmonie lumineuse, orphique. Ainsi elle immortalise des moments de grâce : rituels, rencontres, célébrations. Ses compositions bien structurées, rythmées, kandinskiennes, qui mettent l’espace en vibration, confèrent à son œuvre une qualité d’universalité.

Le sous-titre de l’exposition, Pristine America, annonce d’emblée l’importance de l’environnement géographique et culturel auquel chacun des artistes rend hommage dans ses œuvres. Ils ont en partage l’attachement aux mystères fragiles de la terre, des ciels ou des flots, à la mémoire des origines et à la préservation du vivant. Entre nostalgie et résistance, méditation poétique et affirmation résolue d’une différence, les œuvres se répondent l’une à l’autre, constituant un témoignage visuel, une invitation au voyage, un appel à l’exploration et à la compréhension de l’ailleurs.

Galerie Orenda

54 rue de Verneuil Paris

Tel : 01 49 26 90 09 art@orenda-art.com

Vernissage/cocktail le 7 juin 2018-06-03

Exposition jusqu’au 15 septembre

(1) N. Scott Momaday and The Sense of the Sacred, a Native Poet and Artist, A Universal Voice, de Joëlle Rostkowski. Préface de Philippe Ratte et introduction de W. Richard West Jr., Président et CEO du Museumof the American West (Autry Museum) de Los Angeles. Publié avec le patronage de l’Unesco.