La censure de l’art aux Etats-Unis : Amazon coupable de bannir des œuvres litteraires

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Bienvenue au 21ème Siècle : Nous tenons pour acquis que ce sont des « temps éclairés », et spécialement par les Américains, qui considèrent leur pays parmi les plus éclairés. Là-bas, c’en est fini de la discrimination raciale en politique, de la prohibition contre les homosexuels, et tout particulièrement… de la censure dans les arts et les médias. Vrai ?

Faux …
Alors que les industries américaines du film et de la télévision se réjouissent que leurs réalisateurs bénéficient de plus de liberté artistique dans notre siècle, et peuvent à présent dévoiler des corps nus, le monde de l’art et de la littérature ne peut malheureusement pas se vanter d’une telle liberté « artistique ». Certes, en matière de littérature, les livres qui contiennent des éléments de sexualité « de bon goût » ne sont plus rassemblés en place publique pour y être brûlés. Les livres ne sont plus « physiquement » retirés des étagères. En 2014, les œuvres ne sont pas carbonisées, mais c’est tout comme, elles sont estampillées « électroniquement » par le distributeur le plus puissant du monde de la littérature : le plus grand libraire de la planète, Amazon.

Qu’est-ce qui est « acceptable » ? Que peut-on montrer aux citoyens de tous âges en 2014 quand il s’agit d’art ? Evidemment, il existe des modes d’expression modernes flagrants qui se doivent d’être réservés aux adultes. Mais quand il s’agit de classiques ? Les sculptures, les nus en marbre par exemple… Certes, ce ne sont pas vraiment de vrais nus, car ils en sont seulement la représentation. Mais ces sculptures et la nudité qu’elles représentent sont exposées aux yeux de tous, au quotidien, sans regard d’âge. Elles ornent fièrement les squares de nos jardins publics, de nos places publiques, de nos musées publics… Pourquoi donc ces mêmes sculptures ne sont pas autorisées sur les couvertures de livres destinés au grand public?

Le romancier Roman Payne, auteur d’origine américaine qui a émigré en France en 1999 et qui vit depuis à Paris, célèbre actuellement le lancement réussi de ce qu’il considère comme « son premier grand chef-d’œuvre ». Il s’agit d’un roman intitulé « The Wanderess ». Une œuvre littéraire et poétique relatant l’histoire d’amour de « deux âmes perdues » qui vagabondent à travers l’Europe à la recherche entre autres d’une « mystérieuse fortune », ainsi que les choses qu’ils ont perdu dans ce monde. Payne, avant de trouver le succès en tant que romancier, a travaillé en tant que graphiste. Et pour créer sa couverture de livre, a utilisé comme modèle une statue de marbre d’une femme nue, pour la transformer ensuite avec Photoshop en une couverture extrêmement convaincante. La couverture ne montre aucune nudité agressive, explicite, frontale.

Elle ne montre pas plus de pleine nudité arrière (les fesses sont cachées et un bras dissimule les seins). Malgré la beauté de cette couverture, parce que nudité il y a, le roman est banni de la librairie générale, des moteurs de recherche et des moyens de promotion d’Amazon.com, le géant disant viser un « public généraliste ».

«La décision d’Amazon, non seulement m’a surprise, mais m’a complètement sidérée! », a déclaré Payne, «J’ai toujours crédité l’Amérique d’une approche progressiste, comme la France, où je vis. En France, la nudité est montrée au quotidien, des seins dévoilés, des fesses sont affichées dans les vitrines des pharmacies et des parfumeries. Et ce sont des images bien réelles! Non des “représentations” de nudité comme la sculpture.

Oui, j’étais, et je suis mystifié par la réaction d’Amazon. » Une curieuse coïncidence est que Payne et Amazon devraient partager les mêmes valeurs : Ils sont tous deux natifs de Seattle.

L’éditeur de Payne, et Payne lui-même, ont été envahis par la colère lorsqu’ ils ont découvert que « The Wanderess » avait été transférée sur Amazon de la catégorie « fiction contemporaine » vers la catégorie « Erotica ». Comme, selon eux, le roman ne s’inscrit de nulle manière dans cette catégorie « Erotica », ils ont écrit sur le champ à Amazon afin de voir sa catégorie modifiée.

« Amazon a écrit directement à Payne le lendemain, déclare son éditeur, Aesthete Press, pour lui dire mot pour mot : « l’image de couverture de votre livre contient un contenu “mature”, et ne pourra donc pas apparaître dans notre moteur de recherche ” générale ” ».

Payne a demandé Amazon de préciser dans quelle mesure l’interdiction sera appliquée mais ils ont refusé de préciser.

Mais ce moteur de recherche de produit « généraliste » dans lequel « The Wanderess » n’apparaîtra plus porte la responsabilité de millions de titres vendus dans le monde entier. Le romancier, ainsi que son éditeur, craignent que cette interdiction et la restriction de son exposition va rendre le livre extrêmement difficile à vendre et il sera ardu d’atteindre son public, l’œuvre s’adressant pourtant à une large audience.

Nous vous demandons, vous lecteurs, votre opinion sur ce sujet.

Vous pouvez nous écrire à office@aesthetepress.com pour partager vos pensées, ou vous connecter sur www.culturalbook.com pour une discussion interactive.