Marché en ligne de la bijouterie : acteurs historiques ou pureplayers ?

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Les ventes d'horlogerie-bijouterie représentent en France plus de 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Dans ce contexte, on peut se demander quelle place, en ligne, peuvent prendre les bijoutiers traditionnels. Exemple avec Ubrys.fr

Dans le sillage des ventes d’horlogerie-bijouterie qui représentent en France plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la bijouterie en ligne explose et attire des investisseurs à coup de millions.

Dans ce contexte de pure-player, on peut se demander quelle place, en ligne, peuvent prendre les bijoutiers traditionnels, les acteurs historiques, qui bénéficient de moyens bien moindres et pourtant d’une expérience sans égal.

Est-ce que l’expérience, la confiance des marques, le travail dans la durée, peut rivaliser avec le capital, l’automatisation, l’achat-revente en masse de bijoux de masse ?

Nous vous proposons d’entrer dans l’expérience d’Ubrys.fr, un site créé par Frédéric Wieder, Bijoutier traditionnel connu et reconnu depuis de très nombreuses années à Vichy.

Vente en ligne de Bijoux

Interview de Frédéric Wieder - Bijoutier à Vichy - créateur de Ubrys.fr

Q1: Pourquoi avez vous décidé de créer une boutique en ligne? Vous avez déjà fort à faire avec vos boutiques au centre de Vichy. Vous manquez de travail?

R1: Je gère 3 magasins physiques et il est vrai que je ne manque pas de travail. J’ai toujours été attiré par les nouvelles technologies et j’observais, avec attention et curiosité, le développement du e-commerce, en pensant avoir un jour l’opportunité de franchir le pas moi-même. En fait, mes motivations sont multiples. Pour faire court, il s’agit avant tout d’un challenge professionnel, lié à l’évolution du modèle commercial. Par ailleurs et par nécessité, l’idée qui me semblait pertinente, était celle de la possibilité de réaliser des économies d’échelle sur les coûts de la structure existante et d’accroitre notre chiffre d’affaires à partir d’un investissement moindre que celui qu’exige aujourd’hui la création d’une boutique en “dur”.

Q2: Est-ce que vous avez les mêmes produits en boutique en ligne? Vos acheteurs sont-ils les mêmes?

R2: Oui, nous avons sensiblement les mêmes produits, mais l’offre a été restreinte car nous avons davantage de références dans les magasins, bien que près de 3000 produits soient déjà en ligne. Nous proposons un choix raisonnable de bijoux, Or, Argent ou Acier en passant par le cuir ou la céramique, et de montres Chic, Sport, Mode ou Tradition, avec des gammes complètes que nous étoffons au fil du temps en intégrant constamment des nouveautés. En fait, comme il est difficile de se faire rapidement un nom sur la toile, nous avons choisi de miser davantage sur les marques existantes pour nous associer à leurs notoriétés. Quand aux acheteurs nous n’avons pas de cible particulière, tous sont les bienvenus. Je n’intègre pas l’idée de pouvoir arriver à déterminer la sociologie type de l’acheteur type auquel on fait les yeux doux. Un achat, c’est pour moi à la fois très simple et très complexe. Une adéquation entre une envie et un passage à l’acte, en passant par tout ce qui fait que la chose a lieu… ou non.

Q3: Qu’est-ce qui selon vous vous différencie d’un pure-player. D’un site piloté par des investisseurs et des hommes d’affaires? Est-ce que ce n’est pas une cause perdue d’avance?

R3: Outre le fait qu’il y a sans doute toujours un artisan qui sommeille en moi, l’apprentissage de mon métier par le contact avec le consommateur final est vraisemblablement une expérience précieuse. Ceci dit, je ne peux me résoudre à opposer de façon simpliste, capital et éthique professionnelle. Le financier froid et calculateur, comme le gentil commerçant, ont le même objectif auquel chacun donne le maximum de ses moyens: satisfaire le client.

L’ambition, elle, est sans doute différente et le choix d’un secteur d’activité, plutôt qu’un autre, n’obéit pas aux mêmes considérations pour l’un ou l’autre des acteurs du marché. Je dirai, avec humour, que si je n’ai personnellement pas eu à faire ce choix, c’est parce que je ne sais rien faire d’autre. Plus sérieusement, je ne suis bien sûr pas naïf, j’ai bien conscience qu’en fonction de la rentabilité espérée, la visibilité sur le net peut nécessiter beaucoup d’argent.

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de cause perdue d’avance, sinon, il n’y aurait pas d’entreprise.

Ubrys.fr propose de grandes marques de bijouterie horlogerie

Q4: Comment on réagit les grandes marques qui vous font confiance depuis toutes ces années? Ont-elles suivi ou ont-elle fait la grimace? On sait que les marques sont de plus en plus méfiantes vis à vis des sites en ligne qui ne garantissent pas toujours un SAV et une garantie irréprochables.

R4: Dans l’ensemble les marques sont toujours très attentive à la préservation de leur image qui constitue leur capital majeur. Comme par exemple Guess, Cacharel, ou Kenzo. Alors quand on leur présente un projet, elles se soucient avant tout de l’environnement dans lequel elles seront proposées, c’est compréhensible. Il était important pour moi de le faire en bonne intelligence, en profitant de leur savoir-faire et de leur expérience marketing. Leurs conseils et préconisations m’ont été plus qu’utiles. Le Groupe Fossil, qui distribue ses montres et bijoux ainsi que de nombreuses marques sous licence telles que Diesel, DKNY, adidas et bien d’autres, a particulièrement bien joué le jeu. Pour répondre complètement à votre question, l’accueil a été plutôt circonspect dans un premier temps, les relations se sont détendues à partir du moment ou j’ai pu convaincre que j’étais dans une dynamique de respect et de partenariat. Le reste va de soi.

Q5: Nous avons été impressionnés par le design, vous avez certainement une des plus belles boutiques en ligne de France. Vous pensez que le design est un facteur de réussite?

Est-ce que les marques vous ont aidé à la réalisation ?

R5: Merci pour le compliment. Quand on s’appelle Ubrys, nom qui fait référence, chez les anciens grecs, à une vision philosophique de l’orgueil lié à une volonté de progrès personnel, on a forcément des exigences. En tous les cas, en rapport à votre question précédente, je pense qu’un site est une vitrine, dont dépend pour les clients, la qualité perçue des produits vendus. Dans cet état d’esprit, les montres et bijoux ne peuvent que s’inscrire dans une démarche esthétique. Ceci dit, l’esthétique reste subjective, c’est pourquoi nous avons également beaucoup travaillé l’ergonomie pour que la consultation soit la plus fluide possible. En ce qui concerne les marques, signer des contrats de distribution sélective me permet d’avoir accès à leurs ressources, photos de produits et communication institutionnelle. Pour le design en général, j’ai surtout compté sur l’équipe de webdesigners à qui j’ai confié la réalisation du projet. Le résultat est le fruit d’une collaboration et d’un engagement maximal. Puisqu’on décerne les prix, j’en profite pour remercier mon fils Norman, le “team” Scopika, Joël, Fred et Cyril, ainsi que Yannick d’”Etape Suivante”.

Q6: En terme de prix, comment vous placez-vous par rapport à la concurrence?

R6: Nous sommes, me semble-t-il, parfaitement dans la tendance concurrentielle. Les marques conseillent des prix dont on ne peut guère s’éloigner et de ce point de vue, la marge de manoeuvre est faible. En revanche, nous offrons la gratuité du port dès 49€ d’achat et pratiquons un système de Cashback, rebaptisé Cashfidélité, qui permet aux clients fidèles d’obtenir à terme des remises. D’autre part, nous essayons de proposer en permanence des promotions sur certains produits, des codes de remise en fonctions des périodes et pratiquons les soldes comme dans les magasins physiques, même si nous ne voulons pas faire du prix le seul élément déterminant l’achat. Nous misons davantage sur les services, comme l’écoute, les retours et échanges gratuits, la gravure gratuite, l’emballage cadeau, etc…

Si je peux me permettre une réflexion. Un bijou ou une montre sont souvent destinés à être offerts et contiennent, de ce fait, une large part symbolique et affective, c’est aujourd’hui l’essence même de leur fonction. L’achat pour soi-même, est lui, davantage un facteur d’identité sociale. Dans l’idéal, leur achat devrait rester un plaisir qui ne saurait céder à la frénésie de la recherche des heures et des heures durant, du moins cher que moins cher…

Q7: Si vous aviez à convaincre un acheteur d’acheter son bijou chez vous plutôt que chez un géant comme Amazon, comment pourriez vous le convaincre?

R7: Je ne cherche à convaincre personne. A titre personnel, mais ça n’engage que moi, je lutte contre l’uniformisation et la standardisation. Ce que je peux dire c’est qu’aujourd’hui certaines marques ont décidées de s’éloigner de certains types de distribution qui ne leur correspondent plus, et fuient désormais les market places. Il ne me semble pas concevable de n’avoir demain qu’un seul interlocuteur, chez lequel on n’achète que ce l’autre a déjà acheté, parce que l’autre l’avait aussi acheté et en avait été content. C’est pour moi contraire à ce j’ai déjà mentionné comme étant de l’ordre du plaisir de l’achat. Chacun a le droit de penser qu’il est unique. Ce n’est pas forcément vrai, mais ça fait du bien…J’aime moi, par exemple, beaucoup les montres au style très épuré et vintage de la marque Skagen, les bijoux Ultimate Ceramic, féminins et sophistiqués, et encore la qualité de fabrication irréprochable des bijoux Fontenay en Argent, dont aucun algorithme ne peut prédire le succès commercial, mais que je conseille néanmoins. Je m’aperçois qu’il m’est au fond très difficile de répondre à cette question. Sur le net il y a tout et de tout. Du bon, du très bon, du mauvais et du très mauvais. A chacun de se faire une opinion.

Q8 : Nous avons cru comprendre que vous avez monté une boutique physique Ubrys en plus de vos boutiques actuelles? Parlez- nous de cette démarche?

R8: En réalité, ce n’est pas une nouvelle boutique à proprement parler. Nous avons transformé une boutique existante pour l’habiller aux couleurs d’Ubrys, repensé la façade et le mobilier pour coller au design du site. L’un renvoyant à l’autre. Ainsi nous aurons la possibilité de livrer physiquement notre clientèle locale, et attirer celle qui, de passage, pourra passer commande de son lieu de résidence habituelle en toute sérénité. C’est pour moi un enjeu majeur de notre développement et un facteur de réassurance pour nos internautes. La mise en avant d’un interlocuteur bien réel et clairement domicilié sera vraisemblablement un atout dont nous espérons tirer profit. Dans le magasin physique nos visiteurs accueillent déjà très bien le principe. C’est très encourageant.