Sortie livre policier : Bons baisers de la Bulgarie
Un jour, lorsque Georges Nourian s'est aperçu qu'il s'ennuyait copieusement dans sa vie valentinoise, il a rêvé de larguer les amarres. Il était temps, pour lui, d'aller écurer son monde féerique de long en large, à bord d'un mustang qui dévore la plaine, aux pieds du Vercors, à 70 à l'heure et en tirer des romans.
Roman policier
Le voilà depuis 2006, jour et nuit, calé devant son ordinateur portable, il laisse s’épancher les flots de lave d’une prose incandescente. Les notes jaillissent et qui sonnent comme du Dizzy Gillespie ou du John Lee Hooker: une écriture fiévreuse, un déferlement volcanique, une transe, un fabuleux swing de syllabes qui ricochent, feulent, dansent, crépitent. Comme un romancier de jazz soufflant un long blues pendant une jam-session, qui rend au texte sa musique, son tempo d’enfer et ses riffs étourdissants où se dévide la bande-son de sa patrie originelle: Le paradis céleste des Athées!
Dans son quatrième roman, Georges Nourian essaie de répondre à quelques questions qui se pose depuis des lustres. Est-ce qu’un extraterrestre montrera un bout de son visage? Est-ce que l’athéisme peut effacer les ténèbres? Qu’est-ce que ça signifie d’être un inspecteur de police quand les islamistes sont à votre trousse?
Se souvenir de ses chevauchées à travers la Drôme, dans les convulsions d’un récit qui tient du roman voyageur, du Cowboy français underground, de la quête initiatique et de la copulation mystique avec un imaginaire démesuré. C’est superbe de s’agenouiller et de se blottir contre ce cheval-romancier qui fait hurler le vent tandis que, sous les sabots chauffés à blanc, les paysages valentinois se déroulent comme un parchemin.
«Je suis sur le mont Crussol. Aurore au paradis, fraîcheur violette, prairies d’émeraude au creux des vallées, rosée et nuages d’or en pleine transmutation. Aujourd’hui, je me rends compte que l’alchimie du Verbe est une expérience à la fois littéraire et spirituelle» note l’inspecteur Badour; le personnage principal du thriller érotico satirique «De la plaine à Crussol»; dans son carnet de voyage.
Claudel a écrit: «Les grands écrivains n’ont jamais été faits pour subir la loi des grammaires mais pour imposer la leur». Georges Nourian est un «petit écrivain» rigolo, éloigné de la haute littérature, et dont la prose brûle comme un feu de brousse. Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller, et le plus vite possible. Mais où? Sur le mont Crussol, pardi!
Cet auteur a réussi une habile performance: ressusciter les fantômes de l’islamisme dans un grand éclat de rire. Jamais ses textes; plus beaux que jamais; n’ont été aussi légèrement habillés. Et, donc, aussi séduisants. Cet homme a la grâce. Il nous montre une autre façon, intime d’entendre le polar au fil de la plume. Tant pis pour ceux qui le snobent. Nous disons: A bas les snobs! Qu’est-ce qu’un snob? Être un snob, c’est avoir pour en être. Avoir, par exemple, le dernier Goncourt illisible dans sa bibliothèque pour faire partie des initiés, de ceux qui «savent». Un snob est un individu qui essaie de s’agréger à un groupe qu’il juge supérieur à celui dont il est issu.
Il est temps que les Français découvrent ce romancier atypique-provocateur-iconoclaste et démiurge. Vive le peuple! Lisons «De la plaine à Crussol» pour prouver aux «snobs» qu’on peut lire sans eux, le verbe cru de ce «petit écrivain» torturé, gnome ricanant, fait à notre image!
Frédéric STELLA
Roman disponible chez l’auteur: georazad@hotmail.com et bientôt à la FNAC.

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