Suicides chez France Telecom: “L’Enfer a une couleur : Orange”
Réflexions sur les suicides constatés depuis février 2008 chez Orange France Telecom et
Sommes-nous en train de parler de déshumanisation du travail ?
Bref, des questions auxquelles seules les personnes qui vivent Orange FT au quotidien peuvent répondre. Ce qui est sûr, c’est que le travail, même s’il est seulement considéré aujourd’hui comme un moyen de subvenir à ses besoins primaires (se nourrir, se loger etc.), représente, en réalité, bien plus. Le travail c’est, pour la plupart d’entre nous, un statut social, une reconnaissance de soi, le sentiment d’être utile, important voire parfois indispensable… C’est ce qui nous permet d’exister, de nous accomplir.
Bien sûr, cela ne fait pas tout, le travail n’est pas la vie ; mais ce qui est certain c’est qu’il contribue à rendre cette dernière plus ou moins belle, facile, agréable.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que 24 suicides depuis février 2008 (au jour et à l’heure où je vous écris) c’est grave. Ce n’est certainement pas une mode ou une “mood” (humeur), M. Lombard.
Il y a 2 semaines, j’écoutais sur RMC une chef d’entreprise du privé (entreprise du btp) s’exprimer sur le sujet. Elle s’indignait de constater qu’ autant de salariés du groupe France Télécom en venaient au suicide compte tenu du travail qu’ils effectuaient. Ses salariés à elle travaillent toute l’année dans des conditions difficiles (à l’extérieur, dans le froid…), ils enchaînent les heures supplémentaires et ne se suicident pas pour autant. Certes. Mais connaît-elle vraiment les conditions de travail de certains salariés d’Orange FT ?
Comment se sentirait-elle si on lui enlevait tous ses repères ? Repères géographiques d’abord : une mobilité géographique imposée tous les 3 ans. Repères professionnels : passer du jour au lendemain de technicien à commercial. Est-ce si facile que ça de changer d’environnement, d’entourage, de hiérarchie, d’objectifs, de métier du jour au lendemain ? Est-ce si facile, chaque jour, de devoir répondre à de nouveaux objectifs, toujours plus importants et dictés par une hiérarchie qui ne semble pas maîtriser les choses ?
A t-on seulement mesurer l’ampleur du mal-être qui a envahi et qui envahit certainement encore des salariés du groupe, au point qu’ils ne puissent plus supporter de vivre ?
Bien sûr, le suicide sur le lieu de travail ne concerne pas qu’Orange FT. Il y a d’autres salariés en France et dans le monde, qui préfèrent mettre fin à leur jour plutôt que de continuer à travailler dans des conditions inacceptables et dont on ne parle pas. Mais si la médiatisation à laquelle on assiste en ce moment (la surmédiatisation diront même certains) peut servir à mettre en lumière un problème plus important qu’il ne semblait paraître auparavant, alors il faut continuer d’en parler. Tout ceci permettra peut-être aux dirigeants du groupe de revoir leur méthode de management (et principalement la formation de leurs cadres) en profondeur et d’intégrer un peu plus d’humanité dans leur stratégie.
Mon ami n’avait pas réellement d’intérêt à partager son expérience avec les autres, mais en écrivant les quelques lignes qu’il a envoyées à son entourage , il a probablement permis à certains de comprendre mieux ce qui se vit au quotidien dans ce groupe.
Pour conclure, n’oublions pas que le chaos au travail entraîne aussi le chaos en soi.

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