Coup de projecteur sur les gays et leurs tendances mode

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C’est bien connu, il suffit de mettre deux pots de jacinthes à côté d’un clone et cela donne une tendance culturelle !

Depuis longtemps, les gays ont entrepris un vaste mouvement d’édification d’une image à partir du détournement de panoplies vestimentaires qui appartenaient à des groupes de la société dont ils étaient a priori exclus. À travers le look clone, inventé aux États-Unis, les gays ont pris à leur compte tout un ensemble de vêtements, souvent utilitaires, qui étaient ceux des travailleurs de chantier : chaussures montantes Red Wings (jaunes), jeans Levi’s, bomber-jackets MA1 verte, chemises de bûcheron, mouchoirs Osh Kosh, marcels, bonnets et grosses chaussettes en laine. Tout ceci est connu depuis que les clones ont symbolisé, pendant plus de dix ans, le look homosexuel aux quatre coins du monde. La question est plutôt : pourquoi leur choix s’est-il dirigé vers telle ou telle marque ? Pourquoi Levi’s et non Lee Cooper ? Pourquoi Gap et pas Célio ?

Pourquoi Hanes plutôt que Fruit Of The Loom ?

Pour répondre à ces questions existentielles qui agitent les neurones de plus en plus de consommateurs homosexuels ne sachant plus où donner de la tête, il faut revenir un peu en arrière. En fait, le look clone n’a été que le début de l’élaboration de l’image gay. Même aux États-Unis, au sommet de ce look hyper-codifié, certains gays refusaient la rigidité de ces règles, refusant au passage une nouvelle normalité imposée. Certains préféraient une image preppy plus bourgeoise et plus “normale”. À la fin des années soixante-dix, la chemise Lacoste a bénéficié d’un réel retour en force commercial, encouragé par des nouvelles couleurs qui écartaient la marque de son positionnement tennis-BCBG. Les gays se sont alors mis à acheter en masse des Lacoste roses, noires ou violettes. Le fait même d’oser le rose était une signature homosexuelle, même si cette couleur a toujours été un cliché en soi.

Une mode identifiable ?

Dans le même registre, les chemises Oxford élargissaient leur choix de couleurs et les gays, au lieu d’acheter le sempiternel modèle blanc ou bleu ciel, ont pu opter pour les variantes plus originales : rose, jaune ou à rayures. Avec le développement du sport et la création de salles de gym gay, les homosexuels se sont mis à choisir certaines marques plutôt que d’autres. Dès la fin des années 70, Nike obtient ainsi leur préférence, car la marque n’a pas peur d’oser des couleurs inhabituelles, tape-à-l’oeil : vert fluo, bleu fluo, jaune. On est loin du bleu mormon de la marque “hétérosexuelle” dominante aux États-Unis, New Balance. À travers le look urbain et sport, les gays ont donc su créer des alternatives au formalisme de l’image de drague (clone ou cuir), même si celui-ci était marginal à l’intérieur même de la communauté.